Capacité d’emprunt en investissement locatif : le calcul
Combien votre banque acceptera de vous prêter, et sur quelle base.
En bref
La capacité d’emprunt part d’une règle unique : le taux d’effort ne peut pas dépasser 35 % des revenus, assurance emprunteur comprise, sur une durée d’au plus 25 ans. Ce plafond est fixé par le Haut Conseil de stabilité financière et s’impose à la banque, qui ne peut s’en écarter que dans une marge de 20 % de sa production trimestrielle. Tout ce qui est déjà remboursé chaque mois consomme ce plafond : un crédit à la consommation de 300 € ampute la capacité d’environ 49 000 € sur vingt ans, dans les conditions de l’exemple ci-dessous. La variable que la réglementation ne fixe pas, et qui change tout sur un locatif, est la façon dont chaque banque intègre les loyers attendus.
La règle en une ligne
Le taux d’effort rapporte vos charges de crédit à vos revenus, et il ne peut pas dépasser 35 %, assurance emprunteur comprise. La durée de remboursement est plafonnée à 25 ans. Ces deux limites sont fixées par le Haut Conseil de stabilité financière et s’imposent aux banques, qui ne peuvent s’en écarter que sur 20 % de leur production trimestrielle de crédits.
Cette marge existe, mais elle est rationnée et attribuée aux dossiers jugés les plus solides. La considérer comme acquise revient à bâtir un projet sur une exception.
Le calcul lui-même est simple : multipliez vos revenus nets mensuels par 0,35, et retirez ce que vous remboursez déjà chaque mois. Le reste est la mensualité maximale, assurance comprise, que la banque acceptera.
Ce qui entre dans le calcul
Du côté des charges figurent les mensualités de tous vos crédits en cours, immobiliers comme à la consommation, y compris les financements automobiles et les crédits renouvelables, ainsi que les pensions alimentaires versées. S’y ajoute la cotisation d’assurance du nouveau prêt, qui est comprise dans le plafond et non calculée à côté.
Du côté des revenus, les salaires nets et les revenus fonciers déjà perçus. Les revenus variables, primes et commissions, sont généralement lissés sur plusieurs exercices. Les aides et prestations sont traitées diversement selon les établissements, et rarement retenues en totalité.
Ce qui n’entre pas dans le taux d’effort : vos dépenses courantes, votre loyer actuel si vous restez locataire, vos charges de copropriété. Elles réapparaissent ailleurs, dans l’appréciation du reste à vivre.
Ce qu’un crédit en cours coûte
Un crédit à la consommation ne coûte pas seulement sa mensualité : il coûte le capital immobilier qu’il vous empêche d’emprunter. L’ordre de grandeur surprend.
Un crédit auto de 300 € par mois
Hypothèses : revenus nets de 3 000 € par mois, taux nominal de 3,50 %, assurance emprunteur de 0,34 % par an sur le capital initial, aucune autre charge. Ces valeurs illustrent le mécanisme et ne sont pas des taux de marché.
| Poste | Sans crédit | Avec crédit |
|---|---|---|
| Revenus nets mensuels | 3 000 € | 3 000 € |
| Crédit en cours | aucun | 300 € par mois |
| Mensualité maximale à 35 % | 1 050 € | 750 € |
| Capital finançable sur 20 ans | 172 614 € | 123 296 € |
Soit environ 49 000 € de capacité d’emprunt en moins, pour une mensualité de 300 €. Sur bien des marchés, c’est la différence entre un studio et un deux-pièces.
Le même raisonnement joue dans l’autre sens sur la durée. Au même plafond de mensualité, allonger de 20 à 25 ans porte le capital finançable de 172 614 € à 198 504 € dans cet exemple. Ce que cette durée coûte en intérêts est traité à l’étape taux, durée et mensualité.
Les loyers attendus
C’est ici que le calcul cesse d’être public. Aucun texte ne dit comment intégrer les loyers futurs du bien financé. Certaines banques les ajoutent aux revenus après application d’un coefficient, d’autres les déduisent de la mensualité du nouveau prêt, d’autres encore n’en tiennent aucun compte sur un premier investissement.
L’écart n’est pas marginal : sur un même dossier, ces méthodes peuvent produire plusieurs points de taux d’effort de différence, donc un accord d’un côté et un refus de l’autre. L’exemple chiffré complet figure à l’étape monter un dossier de prêt locatif.
La conséquence pratique est simple : posez la question à chaque établissement, dès le premier rendez-vous. C’est la variable la plus déterminante de votre capacité réelle, et la seule que vous ne pouvez pas calculer vous-même.
Le reste à vivre
Aucune réglementation ne définit le reste à vivre, et pourtant il fait refuser des dossiers sous les 35 %. Il s’agit de ce qui subsiste, une fois toutes les charges de crédit payées, pour vivre : nourriture, énergie, transport, scolarité.
Chaque banque a son barème, souvent exprimé par personne au foyer, et il n’est pas publié. Un célibataire à 3 000 € et une famille de cinq personnes au même revenu ne sont pas traités pareil, alors que leur taux d’effort est identique.
Retenez surtout ceci : le plafond de 35 % est une limite haute, pas un objectif à atteindre. Un dossier calé à 34,5 % avec un reste à vivre serré est plus fragile qu’un dossier à 28 % confortable.
Les cas encadrés
Un différé d’amortissement est toléré dans trois situations précisément définies : une vente en l’état futur d’achèvement, un contrat de construction de maison individuelle, et l’achat d’un logement ancien assorti de travaux représentant au moins 10 % du coût total de l’opération. La maturité du crédit peut alors atteindre 27 ans, mais la durée d’amortissement reste plafonnée à 25 ans.
Ce dernier cas mérite attention sur un projet de rénovation, à condition de bien lire ce qu’il apporte : pas de la capacité en plus, puisque l’amortissement reste calé sur 25 ans, mais du souffle. Les deux années décalent le remboursement du capital pendant que le logement n’est pas encore habitable, au prix d’intérêts supplémentaires. Les modalités de financement de ces travaux sont détaillées à l’étape amortissable, in fine ou différé.
Ce qu’il faut retenir
- Revenus nets × 0,35, moins vos mensualités actuelles : c’est la mensualité maximale assurance comprise.
- Un crédit à la consommation coûte en capacité immobilière bien plus que sa mensualité.
- Demandez à chaque banque comment elle intègre les loyers attendus : c’est la variable qui décide.
- Les 35 % sont un plafond, pas un droit. Le reste à vivre fait refuser des dossiers en dessous.
- Des travaux d’au moins 10 % du coût total de l’opération ouvrent un différé d’amortissement : la maturité monte à 27 ans, l’amortissement reste à 25 ans.
Sources
- Haut Conseil de stabilité financière
- Le plafond de taux d’effort de 35 % assurance comprise, la durée maximale de 25 ans et ses trois exceptions, et la marge de flexibilité de 20 % de la production trimestrielle.
- Légifrance, décision du 29 septembre 2021 relative aux conditions d’octroi de crédits immobiliers
- Le texte contraignant lui-même : taux d’effort plafonné à 35 % et maturité limitée à 25 ans.
- HCSF, foire aux questions sur les décisions d’octroi
- Les précisions d’application, dont le traitement des revenus locatifs et les conditions du différé d’amortissement.
Sources consultées le 20 septembre 2026.
À lire ensuite
Le montant connu, le reste du dossier se prépare : voir ce que la banque regarde au-delà du ratio. Sur la part que vous apportez vous-même, le guide de l’apport pour un investissement locatif détaille ce que les banques attendent.
Questions fréquentes sur la capacité d’emprunt
Le taux d’effort se calcule-t-il sur le revenu net ou brut ?
Sur les revenus nets, ceux qui arrivent réellement sur le compte. Les banques retiennent en général les revenus nets avant impôt, et traitent différemment les revenus variables comme les primes ou les commissions, souvent en les moyennant sur plusieurs années. Un revenu récent et non récurrent pèse moins qu’un salaire stable.
Les 35 % sont-ils un droit ou un plafond ?
Un plafond, et rien d’autre. Une banque peut parfaitement refuser un dossier à 30 % si le reste à vivre lui paraît insuffisant ou si les relevés de compte l’inquiètent. Atteindre 34,9 % ne donne aucun droit à obtenir le prêt correspondant.
Faut-il solder ses crédits avant de demander un prêt locatif ?
Solder un crédit à la consommation libère immédiatement du taux d’effort, donc de la capacité. Le calcul se fait entre la trésorerie que cela consomme et la capacité que cela dégage : dans l’exemple de cette page, 300 € de mensualité en moins rendent environ 49 000 € de capacité sur vingt ans. Encore faut-il conserver une épargne après l’opération.
Un simulateur en ligne donne-t-il le bon chiffre ?
Il donne un ordre de grandeur sur la partie réglementée du calcul, qui est publique. Il ne peut pas anticiper la méthode propre à chaque banque pour intégrer les loyers attendus, ni son appréciation du reste à vivre, ni sa politique du moment. Le seul chiffre qui engage est celui qu’un établissement vous écrit.
La capacité d’emprunt change-t-elle pour un deuxième bien ?
Le plafond reste le même, mais votre situation a changé : la mensualité du premier crédit pèse désormais dans le calcul, et les loyers déjà encaissés entrent en face, selon la méthode de l’établissement. C’est le sujet du chapitre sur le développement du patrimoine.