Juridique · 13 septembre 2026

Mon locataire a-t-il le droit de changer la serrure ?

Il peut le faire sans vous prévenir, et il n’a pas à vous donner le double. Ce qui se discute vraiment, c’est qui paie, et ce qu’il doit laisser en partant.

Oui, sans autorisation ni double à vous remettre.

La jouissance paisible de l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 lui donne la maîtrise exclusive de l’accès au logement. Il paie le remplacement, sauf vétusté, et doit rendre à la sortie une serrure qui fonctionne et toutes les clés.

En bref

Le locataire peut remplacer la serrure sans demander d’autorisation, et il n’est pas tenu de remettre un double des clés au bailleur : la jouissance paisible garantie par l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 lui donne la maîtrise exclusive de l’accès au logement. La serrure relève de l’entretien courant du décret n° 87-712, donc de sa charge, sauf si le remplacement est imposé par la vétusté ou un défaut de l’appareil. À la sortie, il doit restituer un logement doté d’une serrure en état de fonctionnement et remettre toutes les clés en circulation.

Pourquoi il n’a pas à vous demander la permission

L’article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 oblige le bailleur à assurer au locataire la jouissance paisible du logement. Cette jouissance paisible n’est pas une formule décorative : elle emporte la maîtrise exclusive de l’accès aux lieux loués pendant toute la durée du bail.

La conséquence est directe. Le locataire décide seul de la serrure qui ferme sa porte, comme il décide seul de qui entre chez lui. Remplacer un cylindre ne modifie pas la structure du logement, n’affecte pas sa destination et ne relève donc d’aucune autorisation.

Une clause du bail qui interdirait de changer la serrure, ou qui subordonnerait ce changement à votre accord, se heurterait frontalement à l’article 6. Elle serait écartée par un juge comme contraire à une disposition d’ordre public.

Le locataire n’a pas non plus à vous informer après coup. Il le fait souvent par courtoisie, jamais par obligation.

Le double des clés : vous n’y avez pas droit

C’est le point qui surprend le plus, et celui qui provoque le plus de litiges. Le bailleur n’a aucun droit d’exiger un double des clés du logement qu’il loue.

La raison est la même que pour la serrure. Détenir un double n’a d’intérêt que pour pouvoir entrer, et le bailleur n’a précisément pas le droit d’entrer sans l’accord du locataire. Un propriétaire qui pénètre dans le logement en se servant de son double, même pour un motif légitime, commet une violation de domicile punie par l’article 226-4 du Code pénal d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Il n’est pas illégal de conserver un double remis volontairement à l’entrée. Ce qui est illégal, c’est de s’en servir sans accord. En pratique, beaucoup de locataires changent la serrure précisément pour lever ce doute, et ils sont dans leur droit.

Et en cas d’urgence ?

Une fuite d’eau derrière une porte fermée ne vous autorise pas à entrer. Passez par le syndic, par les pompiers ou par un commissaire de justice, qui peut faire ouvrir la porte dans des conditions qui vous protègent. Entrer soi-même reste une violation de domicile, quelle que soit l’urgence invoquée.

Qui paie le remplacement

Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 range les serrures et les verrous de sécurité dans la liste des réparations locatives : leur entretien courant, le graissage et le remplacement des petites pièces, ainsi que celui des clés égarées ou détériorées, sont à la charge du locataire.

Un locataire qui change la serrure par convenance personnelle, pour un modèle plus sûr ou parce qu’il préfère un autre système, le fait donc à ses frais. Il ne peut vous en demander le remboursement, y compris à la sortie : c’est une amélioration qu’il a choisie, et l’article 7 f de la loi de 1989 ne lui ouvre aucun droit à indemnité de ce chef.

La charge bascule sur le bailleur dans deux cas. Le premier est la vétusté : une serrure en fin de vie, qui ne ferme plus correctement, relève de l’obligation de délivrance et de l’article 1755 du Code civil, qui exclut de la charge du locataire les réparations occasionnées par vétusté ou force majeure. Le second est le défaut de sécurité, quand la porte ou sa fermeture ne permet plus de clore le logement de façon effective, ce qui touche à la décence.

La répartition en pratique :

  • Clé perdue, clé cassée, cylindre forcé par négligence : le locataire.
  • Changement par convenance, montée en gamme, ajout d’un verrou : le locataire, sans droit à remboursement.
  • Serrure usée qui ne fonctionne plus, mécanisme grippé par l’âge : le bailleur.
  • Cambriolage avec effraction : le locataire fait jouer son assurance habitation, qui couvre en général le remplacement.

Ce qui est dû à la sortie

La liberté du locataire pendant le bail s’arrête à la restitution. Deux obligations s’imposent alors.

La première est de remettre toutes les clés en circulation, y compris celles de la nouvelle serrure et les doubles qu’il a fait faire. Tant que les clés ne sont pas remises, le bail n’est pas résilié et les loyers continuent de courir : la restitution des clés est ce qui marque la fin effective de la location.

La seconde est de restituer un logement doté d’une serrure en état de fonctionnement. Si le locataire a remplacé la serrure d’origine, rien ne l’oblige à remettre l’ancienne : il doit simplement laisser une fermeture qui fonctionne. En revanche, s’il repart en emportant la serrure qu’il avait posée et laisse une porte qui ne ferme plus, la remise en état se retient sur le dépôt de garantie.

Le réflexe utile entre deux locataires

Changer le cylindre à chaque relocation, à vos frais, coûte quelques dizaines d’euros et règle définitivement la question des clés qui circulent encore. Notez le remplacement dans l’état des lieux d’entrée du locataire suivant.

À lire ensuite

Les clés se comptent à l’entrée et se recomptent à la sortie : le premier état des lieux d’entrée explique ce qu’il faut y consigner, et le modèle d’état des lieux gratuit prévoit la ligne correspondante.

Serrure et clés : les questions qui reviennent

Mon locataire peut-il changer la serrure sans mon accord ?

Oui. La jouissance paisible garantie par l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 lui donne la maîtrise exclusive de l’accès au logement pendant toute la durée du bail. Il n’a ni à demander l’autorisation, ni à vous informer après coup. Une clause du bail qui l’interdirait serait écartée comme contraire à une disposition d’ordre public.

Puis-je exiger un double des clés ?

Non. Détenir un double n’aurait d’intérêt que pour entrer, et vous n’avez pas le droit d’entrer sans l’accord du locataire. Utiliser un double pour pénétrer dans le logement constitue une violation de domicile, punie par l’article 226-4 du Code pénal d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Qui paie le changement de serrure ?

Le locataire dans la plupart des cas : le décret n° 87-712 range les serrures et verrous dans les réparations locatives, y compris le remplacement des clés perdues ou détériorées. La charge revient au bailleur quand le remplacement est imposé par la vétusté ou par un défaut qui empêche de clore effectivement le logement.

Mon locataire peut-il me demander le remboursement de la nouvelle serrure ?

Non, s’il l’a changée par convenance personnelle ou pour un modèle plus sûr. C’est une amélioration qu’il a choisie, et elle ne lui ouvre aucun droit à indemnité, ni pendant le bail ni à la sortie. Le remboursement n’est dû que si le remplacement relevait de votre charge, c’est-à-dire en cas de vétusté ou de défaut de fermeture.

Doit-il remettre l’ancienne serrure à la fin du bail ?

Non. Il doit restituer un logement doté d’une serrure en état de fonctionnement, peu importe laquelle. En revanche, s’il emporte la serrure qu’il avait posée et laisse une porte qui ne ferme plus, la remise en état se retient sur le dépôt de garantie.

Que faire si le locataire ne rend pas toutes les clés ?

La restitution des clés marque la fin effective de la location : tant qu’elles ne sont pas remises, le bail n’est pas résilié et les loyers continuent de courir. Mentionnez le nombre de clés remises dans l’état des lieux de sortie. En cas de doute sur des doubles en circulation, remplacez le cylindre et retenez le coût sur le dépôt de garantie, justificatif à l’appui.

Le nombre de clés remises, noté une fois pour toutes

L’état des lieux d’entrée est la seule pièce qui dira, trois ans plus tard, combien de clés vous aviez remises. PiloteLocatif les conserve avec le bail et les quittances du lot.

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