Nue-propriété et usufruit : ce que permet le démembrement
Séparer la propriété des revenus, et pourquoi le faire.
En bref
Démembrer, c’est séparer le droit de percevoir les revenus, l’usufruit, du droit de propriété résiduel, la nue-propriété. La répartition de valeur entre les deux n’est pas libre en matière fiscale : l’article 669 du code général des impôts fixe un barème selon l’âge de l’usufruitier, l’usufruit valant 60 % de la pleine propriété avant 51 ans, 40 % avant 71 ans et 30 % avant 81 ans. La répartition des charges est tout aussi encadrée : l’usufruitier n’est tenu qu’aux réparations d’entretien, les grosses réparations, murs, voûtes, poutres et couvertures entières, demeurant à la charge du nu-propriétaire. Trois usages justifient réellement l’opération : transmettre par anticipation, acheter moins cher un bien dont on n’a pas besoin des revenus, et organiser la protection d’un conjoint.
Le principe
La pleine propriété se décompose en deux droits qui peuvent appartenir à des personnes différentes. L’usufruitier perçoit les revenus et dispose de l’usage du bien. Le nu-propriétaire détient la propriété résiduelle, sans revenus ni usage, jusqu’à l’extinction de l’usufruit.
Ce n’est pas un montage exotique : c’est le mécanisme qui s’applique automatiquement dans de nombreuses successions, lorsque le conjoint survivant reçoit l’usufruit et les enfants la nue-propriété. L’organiser volontairement revient à utiliser un outil existant plutôt qu’à en inventer un.
Le barème de l’article 669
La répartition de valeur entre les deux droits n’est pas négociable en matière fiscale. L’article 669 du code général des impôts fixe un barème qui dépend de l’âge de l’usufruitier au moment de l’opération.
Valeur de chaque droit selon l’âge de l’usufruitier
| Âge | Usufruit | Nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| Moins de 31 ans | 80 % | 20 % |
| Moins de 41 ans | 70 % | 30 % |
| Moins de 51 ans | 60 % | 40 % |
| Moins de 61 ans | 50 % | 50 % |
| Moins de 71 ans | 40 % | 60 % |
| Moins de 81 ans | 30 % | 70 % |
| Moins de 91 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Un usufruit constitué pour une durée fixe est estimé à 23 % de la valeur de la propriété entière par période de dix ans, sans égard à l’âge.
La lecture du barème suffit à comprendre le calendrier d’une transmission : plus le donateur est jeune au moment de la donation, plus la nue-propriété transmise est faible, donc moins la donation est taxée.
Qui paie quoi
Le code civil tranche, et sa rédaction est plus restrictive que ce que l’on imagine. L’usufruitier n’est tenu qu’aux réparations d’entretien. Les grosses réparations demeurent à la charge du propriétaire, à moins qu’elles n’aient été occasionnées par un défaut d’entretien depuis l’ouverture de l’usufruit.
Les grosses réparations sont énumérées limitativement : celles des gros murs et des voûtes, le rétablissement des poutres et des couvertures entières, ainsi que celui des digues et des murs de soutènement et de clôture en entier. Toutes les autres réparations sont d’entretien, donc à la charge de l’usufruitier.
Cette frontière est la source de litige la plus fréquente entre usufruitier et nu-propriétaire. Une convention qui précise la répartition, poste par poste, et prévoit qui décide des travaux, évite bien des années de tension.
Les trois usages
Transmettre par anticipation. Le parent donne la nue-propriété et conserve l’usufruit, donc les loyers. Les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété, et à l’extinction de l’usufruit l’enfant devient plein propriétaire sans taxation supplémentaire. C’est l’usage le plus répandu, développé dans transmettre son patrimoine locatif.
Acheter la seule nue-propriété. L’investisseur acquiert le bien décoté de la valeur de l’usufruit, qu’un tiers détient pour une durée fixe. Pendant cette période, il ne perçoit aucun loyer, ne déclare aucun revenu, et ne supporte pas les charges d’entretien. Au terme, il récupère la pleine propriété d’un bien libre.
Protéger un conjoint. Le démembrement organisé à l’avance sécurise le maintien des revenus pour le survivant tout en fixant la destination finale du bien. C’est un sujet de notaire, pas de page web.
Ce qui se passe au terme
À l’extinction de l’usufruit, par décès de l’usufruitier ou par arrivée du terme convenu, le nu-propriétaire devient plein propriétaire. La réunion des deux droits ne donne lieu à aucune formalité de transfert et n’est pas taxée comme une transmission supplémentaire.
C’est ce point précis qui fait tout l’intérêt de l’opération pour une transmission : la valeur prise par le bien entre la donation et l’extinction échappe aux droits, puisque la seule assiette taxée a été celle de la nue-propriété au jour de la donation.
Les précautions
Le démembrement crée une situation durable entre deux personnes qui n’ont pas les mêmes intérêts. Quatre points se règlent à l’acte plutôt qu’en cours de route.
- La répartition précise des travaux, au-delà de la liste du code civil, et la procédure de décision lorsqu’un chantier s’impose.
- Les conditions d’une vente : ni l’usufruitier ni le nu-propriétaire ne peut vendre seul la pleine propriété, ce qui suppose un accord.
- Le sort des gros travaux votés en copropriété, dont la charge ne suit pas toujours l’intuition des parties.
- L’articulation avec la structure de détention, notamment si les parts d’une société sont elles-mêmes démembrées, cas traité au chapitre choisir sa structure.
Aucune de ces questions ne se règle par un modèle trouvé en ligne. Le démembrement est l’un des rares sujets de ce guide où le passage chez le notaire n’est pas une précaution mais une étape.
Ce qu’il faut retenir
- L’usufruitier perçoit les revenus et les déclare ; le nu-propriétaire ne déclare rien pendant le démembrement.
- Le barème de l’article 669 fixe la répartition de valeur selon l’âge de l’usufruitier, de 90 % à 10 %.
- L’usufruitier supporte l’entretien, le nu-propriétaire les grosses réparations limitativement énumérées.
- Au terme, la réunion des deux droits n’est pas taxée : c’est le ressort de la transmission par donation de nue-propriété.
- Travaux, vente et décisions se règlent dans l’acte, avec un notaire, pas après l’opération.
Sources
- Légifrance, article 669 du code général des impôts
- Le barème de répartition entre usufruit et nue-propriété selon l’âge de l’usufruitier, et l’évaluation de l’usufruit à durée fixe à 23 % par période de dix ans.
- Légifrance, article 605 du code civil
- L’usufruitier n’est tenu qu’aux réparations d’entretien, les grosses réparations demeurant à la charge du propriétaire.
- Légifrance, article 606 du code civil
- La définition limitative des grosses réparations : gros murs et voûtes, rétablissement des poutres et des couvertures entières, digues et murs de soutènement et de clôture.
Sources consultées le 20 septembre 2026.
À lire ensuite
Pour la détention par parts et sa souplesse de transmission, créer une SCI étape par étape. Et pour l’arbitrage entre conserver, vendre ou transmettre, quand revendre un bien locatif.
Questions fréquentes sur le démembrement
Comment se répartit la valeur entre usufruit et nue-propriété ?
Selon un barème fixé par l’article 669 du code général des impôts, qui dépend de l’âge de l’usufruitier. L’usufruit vaut 60 % de la pleine propriété si l’usufruitier a moins de 51 ans, 50 % avant 61 ans, 40 % avant 71 ans, 30 % avant 81 ans et 20 % avant 91 ans. La nue-propriété vaut le complément.
Qui paie les travaux dans un bien démembré ?
L’usufruitier n’est tenu qu’aux réparations d’entretien. Les grosses réparations, que le code civil énumère limitativement, gros murs et voûtes, rétablissement des poutres et des couvertures entières, murs de soutènement et de clôture en entier, demeurent à la charge du propriétaire, sauf si elles résultent d’un défaut d’entretien depuis l’ouverture de l’usufruit.
Qui déclare les loyers d’un bien démembré ?
L’usufruitier, puisque c’est lui qui perçoit les revenus. Le nu-propriétaire ne déclare rien tant que le démembrement dure, ce qui est précisément l’intérêt de l’opération pour un contribuable déjà fortement imposé.
Que se passe-t-il à l’extinction de l’usufruit ?
Le nu-propriétaire devient plein propriétaire, sans droits de succession sur la valeur de l’usufruit qui s’éteint et sans formalité de transfert. C’est le mécanisme qui fait de la donation de nue-propriété un outil de transmission, traité à l’étape suivante.
Peut-on démembrer pour une durée fixe ?
Oui. L’usufruit constitué pour une durée fixe est alors estimé à 23 % de la valeur de la propriété entière pour chaque période de dix ans, sans fraction et sans égard à l’âge de l’usufruitier. C’est la forme retenue dans les opérations d’usufruit locatif où un bailleur institutionnel prend l’usufruit temporaire.