Acheter à deux : indivision, SCI, couple marié ou pacsé

Qui détient quoi, et ce qui se passe en cas de séparation.

En bref

Acheter à deux sans société place le bien en indivision. Le code civil y pose une règle que beaucoup découvrent au mauvais moment : nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision, et le partage peut toujours être provoqué. Les indivisaires réunissant au moins deux tiers des droits peuvent prendre seuls les actes d’administration et conclure un bail d’habitation, mais vendre le bien exige en principe le consentement de tous. Une convention d’indivision organise tout cela, pour une durée déterminée qui ne peut dépasser cinq ans, renouvelable. La société civile immobilière règle la question autrement, en transformant la détention en parts dont les statuts encadrent la cession. Le régime matrimonial ou le pacs ajoute une couche qui se traite chez le notaire, pas en lisant une page web.

L’indivision, par défaut

Deux personnes qui achètent ensemble sans créer de société détiennent le bien en indivision. Chacune possède une quote-part, indiquée dans l’acte, qui correspond en principe à son apport. Il n’y a rien à créer, rien à immatriculer, rien à déclarer de plus : c’est le régime par défaut, et c’est pour cela qu’il est le plus répandu.

Sa fragilité tient en une phrase du code civil : nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision, et le partage peut toujours être provoqué, à moins qu’il n’y ait été sursis par jugement ou par convention. Autrement dit, la stabilité de l’opération repose sur l’accord continu des deux acheteurs, et sur rien d’autre.

Qui décide quoi

L’indivision n’exige pas l’unanimité pour tout, contrairement à une idée reçue. La ligne de partage passe entre la gestion courante et les actes qui engagent le bien lui-même.

La majorité requise, acte par acte

ActeMajorité requise
Actes d’administration du bienDeux tiers des droits indivis
Mandat général d’administrationDeux tiers des droits indivis
Conclure ou renouveler un bail d’habitationDeux tiers des droits indivis
Vendre le bienTous les indivisaires
Tout acte hors exploitation normaleTous les indivisaires

Les indivisaires qui décident à la majorité des deux tiers doivent en informer les autres. À défaut, les décisions prises leur sont inopposables.

Un détail a son importance quand on achète à deux, à parts égales : deux moitiés ne font pas deux tiers. À 50-50, aucun des deux ne peut rien décider seul, pas même signer un bail. La majorité des deux tiers ne sert qu’à partir de trois indivisaires, ou de quotes-parts déséquilibrées.

La convention d’indivision

C’est l’outil intermédiaire, souvent ignoré. Une convention écrite organise l’exercice des droits indivis : désignation d’un gérant, répartition des revenus et des charges, conditions de sortie, droit de préemption au profit des autres indivisaires.

Sa portée est bornée dans le temps. Conclue pour une durée déterminée, elle ne peut excéder cinq ans. Elle est renouvelable, et peut prévoir une reconduction tacite. À défaut de renouvellement, l’indivision retombe sous le régime légal, avec la faculté de provoquer le partage qu’il comporte.

Cinq ans face à un crédit de vingt ans : l’écart résume bien ce que vaut cette solution. Elle sécurise un début d’opération ou une situation transitoire, elle ne tient pas lieu de structure pour toute la durée d’un investissement.

Ce que la société change

Dans une société civile immobilière, ce n’est plus l’immeuble qui est détenu à deux, c’est la société qui le possède, et les deux acheteurs détiennent des parts. Le changement est plus profond qu’il n’y paraît : un associé qui veut sortir ne peut pas provoquer la vente de l’immeuble, il doit céder ses parts.

Cette cession n’est pas libre. En principe, les parts d’une société civile ne se cèdent qu’avec l’agrément de tous les associés, les statuts pouvant prévoir une majorité différente, confier l’agrément aux gérants ou en dispenser certaines cessions. Les cessions aux ascendants et descendants du cédant en sont dispensées sauf disposition contraire des statuts.

C’est ce jeu de clauses qui fait l’intérêt de la société, et c’est aussi ce qui la rend dépendante de la qualité de rédaction des statuts. Les aspects pratiques de la sortie sont détaillés dans la cession de parts de SCI, et la comparaison d’ensemble dans acheter en nom propre ou en SCI.

Mariés, pacsés, ni l’un ni l’autre

Le statut du couple se superpose à tout ce qui précède, et il peut en changer le résultat. Le régime matrimonial décide de ce qui est commun et de ce qui reste propre, quelles que soient les quotes-parts inscrites dans l’acte. Le pacs a son propre régime des biens, qui n’est pas celui du mariage.

Deux points méritent d’être posés avant le compromis plutôt qu’après. Le premier : qui finance quoi, et comment cela se retrouve dans les quotes-parts, car un apport inégal mal formalisé se retrouve rarement au moment du partage. Le second : ce qu’il advient au décès de l’un, qui ne se règle ni dans le compromis ni dans les statuts, mais dans les dispositions prises à part.

Cette page s’arrête ici volontairement. Le sujet dépend de votre situation personnelle, et la bonne porte est le notaire, en amont de la signature.

Le jour où ça se sépare

C’est le scénario que personne n’examine à l’achat, et c’est précisément celui que la structure doit couvrir. Trois questions à se poser pendant que tout va bien.

  • Si l’un veut sortir, l’autre a-t-il les moyens de racheter, et à quelle valeur fixée par qui ? Une clause qui prévoit une expertise évite un blocage de plusieurs années.
  • Le crédit a-t-il été souscrit solidairement ? Une séparation ne défait pas l’engagement bancaire : la désolidarisation se demande à la banque, qui peut la refuser.
  • Qui perçoit les loyers et qui paie les charges pendant le litige ? En indivision, ces flux se réclament dans des délais que le code civil encadre.

Un investissement locatif se détient rarement moins de dix ans. Sur cette durée, une séparation, un décès ou un changement de projet ne relèvent pas de l’hypothèse pessimiste, mais de la planification normale.

Ce qu’il faut retenir

  • Sans société, l’achat à deux place le bien en indivision, où le partage peut toujours être provoqué.
  • La gestion courante et le bail d’habitation relèvent d’une majorité des deux tiers ; vendre exige l’accord de tous.
  • À 50-50, la majorité des deux tiers n’existe pas : tout se décide à l’unanimité, y compris signer un bail.
  • Une convention d’indivision à durée déterminée ne dépasse pas cinq ans, face à un crédit qui en dure vingt.
  • En société, on cède des parts et non l’immeuble, sous les conditions d’agrément prévues par les statuts.

Sources

Légifrance, article 815 du code civil
Nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision, et le partage peut toujours être provoqué sauf sursis judiciaire ou conventionnel.
Légifrance, article 815-3 du code civil
Les actes que les indivisaires réunissant au moins deux tiers des droits peuvent accomplir, et ceux qui exigent le consentement de tous.
Légifrance, conventions relatives à l’exercice des droits indivis
La convention d’indivision à durée déterminée, qui ne peut excéder cinq ans, et son renouvellement.
Légifrance, article 1861 du code civil
L’agrément de tous les associés exigé pour céder des parts de société civile, et les aménagements que les statuts peuvent prévoir.

Sources consultées le 20 septembre 2026.

À lire ensuite

Pour le fonctionnement courant d’une société détenue en famille, gérer une SCI familiale au quotidien. Et pour remonter à la décision d’ensemble, l’arbre de décision du chapitre.

Questions fréquentes sur l’achat à deux

Un seul des acheteurs peut-il forcer la vente ?

Le code civil prévoit que nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision et que le partage peut toujours être provoqué, à moins qu’il n’ait été sursis par jugement ou par convention. Un indivisaire peut donc demander le partage, ce qui aboutit en pratique à la vente quand le bien ne peut pas être divisé et qu’aucun des autres ne le rachète.

Faut-il l’accord des deux pour signer un bail ?

Les indivisaires réunissant au moins deux tiers des droits indivis peuvent conclure et renouveler les baux autres que ceux portant sur un immeuble à usage agricole, commercial, industriel ou artisanal. Un bail d’habitation entre donc dans ce qu’une majorité des deux tiers peut décider, à charge d’en informer les autres indivisaires.

Combien de temps une convention d’indivision peut-elle durer ?

Une convention à durée déterminée ne peut être conclue pour plus de cinq ans. Elle est renouvelable, et peut prévoir une reconduction tacite. À son expiration sans renouvellement, l’indivision retombe sous le régime légal des articles 815 et suivants.

La SCI protège-t-elle mieux qu’une convention d’indivision ?

Elle règle la question différemment. Les parts se cèdent selon les règles prévues par les statuts, avec en principe l’agrément de tous les associés, et un associé qui veut sortir ne peut pas provoquer la vente de l’immeuble : il doit trouver un repreneur pour ses parts. La contrepartie est une société à créer, à tenir et à déclarer chaque année.

Le mariage ou le pacs suffit-il à régler la question ?

Non. Le régime matrimonial ou le régime des biens dans le pacs décide de ce qui est commun et de ce qui reste propre, indépendamment de ce que l’acte mentionne. C’est l’un des points où la réponse dépend de votre situation précise et se prépare avec le notaire, avant la signature du compromis.