La SARL de famille pour du meublé : quand elle bat la SCI
La structure qui permet le meublé en famille sans passer à l’IS.
En bref
La SARL de famille n’est pas une forme juridique à part : c’est une SARL ordinaire qui opte pour le régime fiscal des sociétés de personnes. L’option est réservée aux sociétés exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale ou agricole et formées uniquement entre parents en ligne directe, frères et sœurs, conjoints et partenaires de pacs. Elle règle un problème précis : la location meublée est une activité commerciale, donc fermée à une SCI à l’impôt sur le revenu, et la SARL de famille permet de l’exercer en société tout en restant imposé chez les associés. Deux limites à connaître avant de s’y engager : l’option tombe dès qu’une personne hors du cercle familial devient associée, et depuis la loi de finances pour 2025 les amortissements déduits viennent minorer le prix d’acquisition retenu pour la plus-value de cession.
Ce que c’est exactement
On parle d’une SARL ordinaire, immatriculée comme n’importe quelle autre, qui exerce une option fiscale : celle pour le régime des sociétés de personnes. Il n’existe pas de formulaire « créer une SARL de famille ». Il existe une SARL, et une option que tous les associés doivent accepter.
L’effet de cette option est de faire remonter le résultat chez les associés au lieu de l’imposer au niveau de la société. Chacun déclare sa quote-part selon les règles des bénéfices industriels et commerciaux, exactement comme un loueur en meublé qui détiendrait le bien en direct au régime réel.
Les conditions à remplir
Deux conditions, cumulatives, et aucune ne se contourne.
- L’activité. La société doit exercer une activité industrielle, commerciale, artisanale ou agricole. La location meublée y entre, parce qu’elle est commerciale par nature. La location nue n’y entre pas : c’est une activité civile.
- La parenté. La société doit être formée uniquement entre parents en ligne directe, frères et sœurs, conjoints et partenaires de pacs. Chaque associé doit être directement uni aux autres par l’un de ces liens, ce qui exclut les montages où deux branches d’une même famille ne sont reliées que par un tiers.
S’ajoute une condition de forme : l’option ne peut être exercée qu’avec l’accord de tous les associés.
Le problème qu’elle règle
Une famille qui veut détenir un meublé à plusieurs se heurte à un mur : la société civile immobilière, l’outil habituel de la détention familiale, bascule à l’impôt sur les sociétés dès lors qu’elle exerce une activité commerciale de façon habituelle. Le meublé la ferme donc, ou la transforme.
La SARL de famille est la réponse à ce cas précis. Elle permet d’exercer l’activité meublée en société, avec les statuts, la répartition en parts et les règles de décision qui vont avec, sans passer à l’impôt sur les sociétés et sans subir la double imposition des distributions.
SCI à l’IR et SARL de famille, critère par critère
| Critère | SCI à l’IR | SARL de famille |
|---|---|---|
| Location nue | Oui | Non, hors du champ de l’option |
| Location meublée habituelle | Fait basculer à l’IS | Oui, activité éligible |
| Associés | Libres | Cercle familial uniquement |
| Imposition du résultat | Chez les associés (foncier) | Chez les associés (BIC) |
| Amortissement du bâti | Non à l’IR | Oui, au régime réel |
BIC : bénéfices industriels et commerciaux. Le choix entre les deux se fait donc sur le mode d’exploitation avant de se faire sur la fiscalité.
Ce qui a changé en 2025
Pendant longtemps, l’argument massue du meublé au régime réel était le suivant : l’amortissement réduisait le résultat imposable chaque année, et il restait sans effet sur la plus-value de cession, calculée comme pour n’importe quel particulier. Ce n’est plus le cas.
La loi de finances pour 2025 prévoit que le prix d’acquisition retenu pour le calcul de la plus-value est minoré des amortissements admis en déduction, pour les cessions de logements loués en meublé à titre non professionnel. Certaines résidences avec services, étudiantes, seniors ou destinées aux personnes en situation de handicap, ne sont pas concernées. Le détail du calcul figure dans la réforme de l’amortissement en LMNP.
L’avantage ne disparaît pas, il se réduit. Les abattements pour durée de détention continuent de s’appliquer, sur une plus-value devenue plus large. Concrètement, l’intérêt de l’amortissement se déplace vers les détentions longues, où les abattements ont le temps de faire leur travail.
Ce qui fait tomber le régime
C’est la fragilité propre à cette structure, et elle mérite d’être comprise avant la signature des statuts plutôt qu’au moment d’un décès ou d’un divorce.
- L’entrée au capital d’une personne hors du cercle familial fait cesser l’option. Une cession de parts, une donation mal calibrée ou une succession qui fait entrer un héritier non visé par le texte suffisent.
- L’abandon de l’activité éligible produit le même effet : une société qui se consacrerait à la gestion d’un patrimoine ne remplit plus la condition d’activité.
- La renonciation volontaire à l’option replace la société sous le régime de droit commun des SARL.
Dans tous les cas, la société relève alors de l’impôt sur les sociétés, avec les conséquences décrites dans le choix entre IR et IS. C’est la raison pour laquelle les clauses d’agrément des statuts comptent plus ici que dans une société ordinaire.
Ce qu’elle coûte
Une SARL est une société commerciale : comptabilité d’engagement, comptes annuels, assemblée d’approbation, formalités de dépôt. Le régime réel des bénéfices industriels et commerciaux ajoute un plan d’amortissement à tenir composant par composant. Un accompagnement comptable n’est pas un luxe dans cette configuration, c’est le coût normal de la structure.
Un second sujet se traite à part et se néglige souvent : le statut social des associés et du gérant. Il dépend de la nature de l’activité, du volume de recettes et de la répartition du capital, et il ne se déduit pas du régime fiscal. C’est une question à poser explicitement au professionnel qui rédige les statuts.
Reste enfin la comparaison avec la détention en direct. Pour un seul bien loué meublé par une seule personne, la structure n’apporte rien que le statut de loueur en meublé non professionnel ne donne déjà, comme le détaille LMNP, micro-BIC ou réel. La SARL de famille se justifie par la détention à plusieurs et la transmission, pas par la fiscalité seule.
Ce qu’il faut retenir
- Ce n’est pas une forme juridique : c’est une SARL qui opte pour le régime des sociétés de personnes, avec l’accord de tous les associés.
- Deux conditions cumulatives : une activité commerciale, artisanale, industrielle ou agricole, et un capital détenu dans le seul cercle familial.
- Elle règle le cas du meublé détenu à plusieurs, que la SCI à l’impôt sur le revenu ne permet pas.
- L’option tombe dès qu’un tiers entre au capital : les clauses d’agrément sont le point sensible des statuts.
- Depuis la loi de finances pour 2025, les amortissements déduits minorent le prix d’acquisition retenu pour la plus-value de cession.
Sources
- Légifrance, article 239 bis AA du code général des impôts
- Le texte de l’option : activités éligibles, liens de parenté exigés, accord de tous les associés, et cessation de l’option quand un tiers devient associé.
- BOFiP, SARL à caractère familial
- L’interprétation administrative des conditions de parenté, et le rattachement de la location meublée aux activités commerciales éligibles.
- BOFiP, circonstances mettant fin au régime des sociétés de personnes
- Les événements qui replacent la société sous le régime de droit commun, dont le changement d’activité et la renonciation.
- Légifrance, article 84 de la loi de finances pour 2025
- La minoration du prix d’acquisition par les amortissements déduits, pour le calcul de la plus-value de cession d’un meublé loué à titre non professionnel.
Sources consultées le 20 septembre 2026.
À lire ensuite
Le mode d’exploitation qui rend cette structure nécessaire est comparé dans nue, meublée, colocation ou courte durée. Et pour créer la société qui portera le bien, créer une société étape par étape.
Questions fréquentes sur la SARL de famille
Qui peut être associé d’une SARL de famille ?
Uniquement des parents en ligne directe, des frères et sœurs, des conjoints et des partenaires liés par un pacte civil de solidarité. Chaque associé doit être directement uni aux autres par l’un de ces liens. Un cousin, un ami ou un associé professionnel ferme l’option.
Une SARL de famille peut-elle faire de la location nue ?
Non, pas sous ce régime. L’option est réservée aux sociétés exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale ou agricole. La location nue est une activité civile : une société qui s’y consacre ne remplit plus la condition d’activité et relève alors du régime de droit commun, donc de l’impôt sur les sociétés.
Quel est l’intérêt par rapport à une détention en nom propre ?
Il est d’abord patrimonial : la détention par parts permet de répartir la propriété, d’organiser les décisions dans les statuts et de transmettre par fractions. Fiscalement, le résultat est déterminé selon les règles des bénéfices industriels et commerciaux puis imposé chez chaque associé, comme en détention directe au régime réel.
Que se passe-t-il si un associé cède ses parts à un tiers ?
L’option cesse de produire ses effets dès que des personnes autres que celles visées par le texte deviennent associées. La société bascule alors sous le régime de droit commun des SARL, c’est-à-dire l’impôt sur les sociétés, avec toutes les conséquences que cela emporte sur les amortissements et les plus-values.
Les amortissements sont-ils toujours avantageux ?
Ils réduisent le résultat imposable chaque année, mais depuis la loi de finances pour 2025 ils viennent minorer le prix d’acquisition retenu pour le calcul de la plus-value de cession d’un meublé loué à titre non professionnel. Le gain annuel se retrouve donc en partie à la sortie, avant application des abattements pour durée de détention.