Acheter un appartement loué : décote et bail en cours
Ce que vous héritez du bail, et ce que vaut la décote.
En bref
Acheter un logement loué revient à acheter le bail avec les murs : vous reprenez le contrat en cours, son loyer, sa durée et son locataire, et vous encaissez dès le premier mois sans recherche ni remise en état. En contrepartie, vous ne fixez pas le loyer et vous ne disposez pas du logement avant l’échéance du bail. Reprendre le bien suppose un congé, dont l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 fixe le préavis à six mois pour une location nue. Un congé pour vendre vaut offre de vente au locataire, valable pendant les deux premiers mois du préavis : il ne s’improvise pas.
Ce que vous achetez
Acheter un logement loué, c’est acheter le bail avec les murs. Vous succédez au bailleur dans ses droits et ses obligations : le contrat se poursuit aux mêmes conditions, avec le même loyer, la même échéance et le même locataire.
Vous héritez aussi du dépôt de garantie, que vous devrez restituer en fin de bail selon les règles habituelles. Il se transfère donc à l’acte, et ce point se règle explicitement plutôt que de bonne foi.
Enfin, vous reprenez l’historique : un locataire qui paie régulièrement depuis six ans n’est pas la même situation qu’un locataire entré il y a trois mois. Demandez les quittances et l’état des paiements.
Les avantages du loué
Le premier est immédiat : le loyer tombe dès le premier mois, sans période de recherche, sans remise en état, sans annonce ni sélection de candidat. Sur le plan de la trésorerie, c’est plusieurs mois de vacance évités.
Le second est bancaire. Un bien déjà loué présente un revenu constaté plutôt qu’estimé, ce que certaines banques apprécient dans le calcul du taux d’effort, sujet traité à l’étape monter un dossier de prêt locatif.
Le troisième est le prix. Un bien vendu occupé s’échange généralement en dessous d’un bien libre, parce que le marché des acquéreurs se réduit : ceux qui cherchent leur résidence principale sont exclus.
Ce que vaut la décote
Elle n’a rien d’automatique et dépend de deux paramètres : l’écart entre le loyer en place et le loyer de marché, et le temps restant avant l’échéance du bail.
Un loyer aligné sur le marché et un bail arrivant à terme dans quelques mois justifient une décote faible. Un loyer nettement sous le marché, dans un logement occupé depuis longtemps par un locataire qui ne partira pas, justifie l’inverse : vous achetez un rendement bridé pour une durée indéterminée.
Calculez donc votre prix maximum sur le loyer réellement perçu, pas sur le loyer que vous espérez pratiquer un jour. La méthode figure à l’étape calculer le prix maximum.
Reprendre le logement
Un bailleur ne peut mettre fin à un bail que dans des cas limités et selon des formes strictes. Pour une location nue, l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 fixe le préavis du congé donné par le bailleur à six mois avant l’échéance, et le congé doit reposer sur un motif recevable : reprise pour habiter, vente, ou motif légitime et sérieux.
Le congé pour vendre obéit à une mécanique particulière. Il doit indiquer, à peine de nullité, le prix et les conditions de la vente projetée, et il vaut offre de vente au locataire. Cette offre est valable pendant les deux premiers mois du préavis : le locataire dispose donc d’un droit de préemption sur son propre logement.
S’il accepte, il a deux mois pour réaliser la vente, délai porté à quatre mois s’il indique recourir à un prêt. Autrement dit, décider de vendre libre un bien occupé engage un calendrier de plusieurs mois et une issue qui ne dépend pas entièrement de vous. Les durées et les formes sont détaillées dans le guide des préavis de location.
Ce qu’il faut vérifier avant
Demandez le bail complet et ses avenants, l’état des lieux d’entrée, le montant et la date du dernier loyer encaissé, l’historique des paiements, le montant du dépôt de garantie, et l’existence d’une clause de révision annuelle.
Vérifiez la date d’échéance et le mode de reconduction, qui déterminent votre marge de manœuvre. Vérifiez aussi la conformité du logement : un bien loué qui ne respecterait pas les critères de décence, ou dont la classe énergétique interdira bientôt la location, devient votre problème dès l’acte.
Enfin, si la commune encadre les loyers, contrôlez que le loyer pratiqué respecte le plafond applicable. Un loyer supérieur peut donner lieu à une action en diminution, et c’est vous qui en répondrez.
Ce qu’il faut retenir
- Le bail se poursuit aux mêmes conditions : vous héritez du loyer, de l’échéance, du locataire et du dépôt de garantie.
- La décote se justifie par l’écart au loyer de marché et le temps restant avant l’échéance.
- Le congé donné par le bailleur en location nue suppose un préavis de six mois et un motif recevable.
- Un congé pour vendre vaut offre de vente au locataire, valable les deux premiers mois du préavis.
- Calculez votre prix maximum sur le loyer réellement perçu, pas sur celui que vous espérez.
Sources
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 15
- Le préavis de six mois du congé donné par le bailleur, le congé pour vendre valant offre de vente au locataire, et la validité de cette offre pendant les deux premiers mois du préavis.
- Service-public.fr, congé donné par le bailleur
- Les motifs de congé recevables, les formalités et les délais applicables selon le type de location.
Sources consultées le 20 septembre 2026.
À lire ensuite
Le bien acquis libre, la suite du parcours est la mise en location. Acquis occupé, c’est la gestion courante qui commence dès le premier mois. Sur un bien livré vide, la suite du parcours est décrite dans la séquence d’une première mise en location.
Questions fréquentes sur l’achat d’un bien occupé
Le bail continue-t-il après la vente ?
Oui. L’acquéreur est subrogé dans les droits et obligations du bailleur : le bail se poursuit aux mêmes conditions, avec le même loyer, la même durée et le même locataire. Vous héritez aussi du dépôt de garantie, dont la restitution vous incombera en fin de bail, et il se négocie donc à l’acte.
Quel préavis pour reprendre un logement loué ?
Pour une location nue, le préavis du congé donné par le bailleur est de six mois avant l’échéance du bail, selon l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989. Le congé doit reposer sur un motif recevable et respecter des formalités précises, dont la remise d’une notice d’information. Les règles diffèrent en location meublée.
Qu’est-ce qu’un congé pour vendre ?
C’est un congé donné au motif de la décision de vendre le logement. Il doit indiquer, à peine de nullité, le prix et les conditions de la vente projetée, et il vaut offre de vente au locataire. Cette offre est valable pendant les deux premiers mois du préavis : le locataire dispose ainsi d’un droit de préemption sur son logement.
Combien de temps le locataire a-t-il pour acheter ?
S’il accepte l’offre, il dispose de deux mois à compter de l’envoi de sa réponse pour réaliser la vente. S’il indique recourir à un prêt, son acceptation est subordonnée à l’obtention de celui-ci et le délai de réalisation est porté à quatre mois. Ces délais s’ajoutent au calendrier de votre propre opération.
Peut-on augmenter le loyer après l’achat ?
Pas librement. En cours de bail, seule une clause de révision permet d’appliquer la variation de l’indice de référence des loyers. Une réévaluation plus large obéit à des conditions strictes, et les communes en zone d’encadrement imposent en outre des plafonds. Acheter un bien dont le loyer est nettement sous le marché ne signifie pas pouvoir le corriger rapidement.